Kaori Yuki, 1997

"Belle madame à la peau lisse, voici les fleurs de la police." (Louis de Funès, "La Belle Américaine")
Septième tome de Angel Sanctuary, et ça doit bien faire six tomes et demi que je ne pane rien à l’intrigue.
En gros, il s’agit d’un frère et d’une sœur qui voudraient bien coucher ensemble, mais leur mère n’est pas d’accord (allons bon !). Sauf que le frère, Sétsuna, est en fait la réincarnation d’un ange ultra destructeur, Alexiel. Du coup, Sétsuna se retrouve impliqué dans une guerre cosmique entre les anges et les démons. Ensuite sa sœur meurt, la fin du monde approche, et Sétsuna quitte notre monde matériel pour explorer les multiples niveaux du monde spirituel. Sa mission est d’empêcher la fin du monde en faisant je ne sais quoi, et je ne serais pas autrement surpris qu’il trouve un moyen de ressusciter sa sœur au passage (peut-être en mourant lui-même, ça me semble assez dans l’esprit), mais enfin on verra bien.
Dans Angel Sanctuary, il y a des personnages dans tous les sens, principalement des anges et des démons, chacun subdivisés en multiples sous-catégories, mais tous lookés jusqu’aux dents. Bizarrement, les anges sont tous des salopards égocentriques à des degrés divers (proportionnés à leur niveau dans la hiérarchie céleste), alors que les démons peuvent faire preuve de compassion. Tout ce petit monde constitue un réseau complexe de relations fait de rivalités personnelles, d’amours impossibles et d’un subtil système dominants/dominés à X niveaux.
Bref, il y a là beaucoup trop de trucs, sans parler des bidules et des machins, pour qu’on puisse espérer y retrouver ses petits. Heureusement, il y a de quoi s’occuper par ailleurs. Angel Sanctuary pousse les caractéristiques du shojo au-delà de toutes les limites du raisonnable, et nous prouve une fois encore que, pour les mangakas, il n’y a pas grand-chose d’interdit. Le terme "shojo", rappelons-le, désigne un manga pour jeunes filles, voire pour petites filles, ce qui n’empêche pas Kaori Yuki de faire tourner toute son histoire autour du thème de l’inceste.
Alors, bien sûr, il n’y a pas plus de scènes de sexe explicites dans Angel Sanctuary que dans les autres shojo, la règle du genre étant de tout suggérer et de ne jamais rien montrer. Mais ce qui fascine justement dans le shojo maximaliste de Kaori Yuki, c’est la façon dont elle mêle l’obsession pour l’innocence et une atmosphère ultra-érotisée. Et ce dans le même dessin, parfois dans le même trait ! Si l’idéal du shojo est de montrer de sublimes personnages androgynes parler de la pureté de l’amour en prenant des poses alanguies, avec moult frôlement de cheveux et chuchotements à l’oreille, tout en souriant d’un air entendu et en plissant les yeux en proie à on ne sait quelle extase intérieure, alors Angel Sanctuary est le shojo ultime. D’autant que si le thème de la pureté est ici plus important qu’ailleurs (après tous, ces gens sont des êtres d’essence spirituelle, pas de vulgaires humains comme vous et moi !), ça n’empêche pas l’auteure de faire régulièrement allusion à des formes de sexualité "déviantes", à commencer par le masochisme, qui caractérise l’attitude de plusieurs personnages envers leur supérieur séraphique, euh, hiérarchique, enfin les deux.
De sorte que le manga de Kaori Yuki devient une intéressante lecture "d’ambiance" : on ne le parcourt pas tant pour se faire raconter une histoire que pour contempler ces tableaux troubles à la sensualité diffuse, où l’exagération semble être la seule règle. Parfois, on en vient même à regretter la présence des bulles qui viennent trouer les sublimes dessins de la Maîtresse. Ce qui est très bien, le temps d’un volume ou deux. Par contre, arrivé au septième, je vous avoue que ça commence à devenir un petit peu chiant, et que j’aimerais bien piger de temps en temps ce qui arrive à tous ces gens.
♥♥
Guillaume Bardon